vendredi 12 juin 2009

Le henné


Imaginez des fifres et des tambours,
jouant sur le rythme fortissimo à cinq temps
d'une "amara" percutante,
et scandée par les you-you stridents des femmes...
C'est l'offrande (la hdiya) du henné pour une jeune épousée.

En effet, la tradition marocaine
veut que cette plante verte porte-bonheur
que les femmes du Prophète utilisaient,
soit offerte par des membres proches de la famille de la mariée.

Au rythme des chants spécifiques,
on passe un après-midi entier à choisir une à une les feuilles séchées
puis à les broyer dans un pilon de bronze,
pour en obtenir une poudre fine et douce.



Dans celle-ci creusée comme un puits,
on versera un liquide légèrement sucré, pour lui donner du liant,
et les extraits des parfums les plus rares ;
à la subtilité de la fleur d'oranger,
se mêleront la senteur rare du jasmin blanc,
l'arôme délicat de la rose qui s'interpénétreront
avec la fragrance suprême du santal et de la myrrhe.



Délayée dans de l'eau chaude sucrée
avec du jus de citron, de l'ail et du poivre,
la poudre de henné devient une pâte vert sombre
tandis que sur des braseros
se consument des pots-pourris qui embaument l'atmosphère


Venus d'Arabie ou des confins des îles asiatiques lointaines,
le commerce de ces parfums dans les souks de Fès ou de Marrakech,
est connu depuis des temps immémoriaux
et l'on prend soin de les commander, longtemps à l'avance,
auprès des parfumeurs traditionnels.

Une fois le mélange réalisé,
il est déposé dans un immense plateau en cuivre
recouvert d'un cône en sparterie fine,
entièrement tapissé de velours vert brodé de soutaches dorées.
A côté, un petit flacon en verre de Venise contient des extraits de parfums
pour l'application sur les mains, le moment venu.

Pendant tout ce temps, d'autres femmes de la famille s'occupent d'entrenir
-telles des vestales -
les braises dans les grands encensoirs en argent
dans lesquels on jettera de temps en temps
la "tabkhira" aux efluves paradisiaques,
un mélange de sept produits au moins,
choisis avec amour et de mains de maîtresse :
benjoin blanc, bois d'aloès, encens en grain, gomme arabique,
graines de coriandre, lavande, rue sauvage, serghine, alun...
qui éloignent les mauvais esprits et le mauvais oeil.

N'oublions pas que les rites de passage
sont très importants dans ces moments de vie
car la jeune mariée franchit une période transitoire
- elle n'est pas encore entrée dans sa nouvelle famille
et elle ne fait plus complètement partie de la sienne -
elle doit donc être surprotégée.
Ainsi, des chants incantatoires permanents
vont la suivre pas à pas
pour que Dieu et son Prophète la protègent
chaque fois qu'elle apapraît en public et dans sa famille...




Et ce henné vert foncé deviendra dentelle noire
sur ses mains et sur ses pieds ;
on lui cassera alors un œuf sur la tête
- en gage de fécondité et de bienvenue -
avec la clef de sa nouvelle maison.

Lors de notre arrivée dans la famille
qui nous a accueillies durant deux semaines chez elle,
on a eu droit aussi à ce rituel :
en guise de bienvenue et de protection.



Talentueuse "hannaya",
Saïda pose ici le henné en motifs géométriques
qu'elle dessine comme une véritable dentelle
à l'aide d'une seringue
qui remplace le traditionnel bâtonnet effilé.


Mes mains (faites par une autre "hannaya" sur Oujda)

***
Photos Mélusine

2 commentaires:

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...