mardi 30 novembre 2010

Mésange





L'amour ne se conclut pas, comme un marché.
L'amour, c'est un oiseau.
Imprévisible, fantasque.
Fragile aussi, et périssable;
Et cet oiseau pourtant, d'un seul battement d'ailes, 
allège nos existences de tout le poids de l'absurdité..

 ***
Louise Malheux-Forcier
Extraits de "paroles et musique"

***
Photo : Aby





Son blog : http://gallaby.blogspot.com/






lundi 29 novembre 2010

Le Seigneur de Mortain






La fâcheuse et étonnante histoire que je vais vous raconter s'est passée, si l'on en croit les chroniqueurs, vers le milieu du douzième siècle. Elle se déroula près de Mortain, dont le donjon puissant dominait alors de sa masse la petite ville, et elle eut pour héros Guillaume de Mortain, quatrième du nom, fidèle serviteur du Duc de Normandie (c'était le Roi d'Angleterre, Henri II Plantagenet).

Guillaume se montrait sans doute un bon serviteur de son suzerain, mais il est juste de reconnaitre que, dans le pays, il n'avait pas bonne réputation. Il passait pour brutal, avide, jouisseur, ne mettant à ses ambitions et ses désirs aucun frein et plus d'un tenancier, plus d'un habitant de la petite ville avait eu à souffrir des exactions de leur haut, puissant et redouté - oh, combien !- seigneur.
Heureusement, si l'on peut dire, le service du Duc de Normandie l'appelait souvent hors de son donjon ; la guerre sévissait entre France et Angleterre. Et, durant la guerre, les bonnes gens, eux, avaient la paix.
Mais les campagnes militaires duraient rarement plus de quarante jours et quand Guillaume revenait, les tracas et les vexations recommençaient à fondre sur les habitants de Mortain comme pauvreté sur le monde !

Cette année-là que l'on dit 1160, Guillaume IV, au retour d'une expédition guerrière, se montrait d'humeur gaillarde. Il était veuf, ayant l'année précédente perdu sa très chère épouse qui ne l'avait, malheureusement, pas pourvu de postérité. Aussi était-il bien résolu à convoler de nouveau en justes noces et, après avoir pleuré la défunte durant le temps convenable, c'est-à-dire six mois, il résolut de se remarier et même d'épouser quelque jeunesse, bien que le seigneur de Mortain, alors âgé d'une cinquantaine d'années, eût déjà les cheveux blancs, une barbe embroussaillée et la peau épaisse comme celle d 'un sanglier.
Il commença donc, au cours des chasses et des chevauchées autour de son château à rechercher les héritières. Et certes, il ne constituait nullement aux yeux des belles jouvencelles l'image du damoiseau dont on rêve dans la chambre des dames en écoutant les pages chanter les amours de Tristan et Yseult ; mais certaines d'entre elles eussent pourtant volontiers oublié les disgrâces physiques du seigneur de Mortain pour devenir châtelaine et régner sur la contrée
Le malheur voulut que Guillaume, qui était difficile, ne se laissât pas séduire par celles-là. Enfin, après avoir bien cherché, parcouru vingt lieues à la ronde, il finit par jeter son dévolu sur la plus ravissante enfant de toute la région. Blonde, avec de grands yeux bleus clairs et lumineux, des nattes tressées qui lui tombaient sur les épaules comme des gerbes de blé mur, Iolande de Bellême n'était sans doute qu'une héritière de petite maison, mais sa beauté avait ravi plus d'un damoiseau et, bien qu'elle n'ait encore que seize ans, elle avait été demandée en mariage par un jeune chevalier du voisinage, plus riche certes de belle vaillance et de douceur que de doubles écus ; mais qu'importe la richesse quand on a vingt ans ! Le chevalier devait être armé à la Saint-Jean prochaine et les deux familles voyaient d'un œil ému et satisfait l'union qui se préparait.
Las ! Guillaume de Mortain vint à passer par là et tout ce charmant bonheur fut compromis.
— Ta fille me plaît, déclara sans ambages le terrible personnage au père de lolande. Oui, elle me plaît fort. Et je l'épouserai en l'église de Mortain avant la fin de l'été.
— Mais, Monseigneur, elle est déjà fiancée à Raoul de Beaumont...
— Oserais-tu préférer ce coquin, qui n'est même pas encore digne de ceindre l'épée, au puissant descendant d'une des plus nobles lignées de Normandie ?
— Non, sans doute. Monseigneur . Mais ma fille préfère...
— Ta fille ? Et depuis quand un père de famille consulte-t-il ses enfants pour les marier ? Plaisante excuse que voilà ! Allons, trêve de plaisanterie. J'ai assez ri et je suis pressé. Demain, une litière viendra chercher ton enfant. Inutile de préparer pour elle des coffres et des bagages : Je lui offre le plus magnifique trousseau dont jeune fille puisse rêver. Et sa résistance ne tiendra pas longtemps devant les robes de brocart et les parures que je lui destine.
Le père de lolande n'osa pas dire non. Jamais un vassal du seigneur de Mortain n'eût osé résister à son suzerain. Seule, lolande resta le front haut et l'âme forte. A Raoul, désespéré, qui était accouru pour passer une dernière soirée en sa compagnie :
— Jamais, s'écria-t-elle, jamais je n'abandonnerai mon corps et mon âme à Guillaume. Je vous le promets, Raoul,devant la Vierge Marie à qui je suis vouée depuis mon enfance.
Le lendemain matin, il fallut bien pourtant prendre le chemin du château de Mortain. Farouche, Iolande ne répondit pas un mot aux démonstrations d'amour que lui fit Guillaume, quand elle arriva en sa somptueuse demeure. Toutes ses attentions se heurtèrent au mépris le plus glacial. Dès qu'il eut compris que ses avances étaient repoussées, le châtelain changea d'attitude.
— Puisque c'est ainsi, hurla-t-il, eh bien, je vais vous enfermer dans votre chambre jusqu'à ce que vous soyez devenue docile. lolande fut enfermée, ne voyant plus personne qu'une vieille servante qui s'occupait d'elle et lui apportait ses repas. Chaque soir, Guillaume venait faire sa cour. L'entrevue se déroulait suivant un rite accoutumé. Le seigneur de Mortain commençait par se montrer aussi gracieux que cela lui était possible et prononçait d'aimables paroles. Puis, irrité par le mutisme et la froideur de celle qu'il s'obstinait à appeler sa fiancée, il poussait bientôt des cris de colère, menaçait du geste la jeune fille et la scène prenait fin habituellement par quelque bris de vaisselle ou de bibelots.

Deux mois passèrent ainsi et Guillaume lui-même s'émerveillait d'une telle force de caractère chez un être aussi jeune. Il n'en était que plus décidé à en faire son épouse. Ce Normand avait l'obstination d'un Breton. Un beau soir, il entra dans la chambre de Iolande et lui tint ce discours :
— J'ai montré une longue patience, ma belle enfant. Mais le temps est venu pour moi de réaliser mes desseins. L'été s'avance et dans quelques semaines, le roi, mon Seigneur, va peut-être me convoquer à l'ost. J'entends donc régler notre affaire avant mon départ. Dans cinq jours exactement, Guibert, mon chapelain, nous unira.
lolande, toute pâle, s'était dressée.
— Assez de jérémiades, gronda Guillaume. A-t-on jamais vu pareille entêtée ! Mais je vous trouve bien dépourvue de couleur, Iolande. Si cette blancheur affine encore votre délicatesse, je ne veux pas que vous tombiez malade à la veille de vos noces. C'est cette longue réclusion qui vous a affaiblie. A partir de demain, vous pourrez donc vous promener librement dans le château, delà basse-cour du donjon au verger. Ne faut-il pas d'ailleurs que vous fassiez connaissance avec votre nouveau domaine ?
Et comme lolande ne pouvait retenir un tressaillement de joie :
— Oh ! ne vous réjouissez pas trop vite, ajouta Guillaume en ricanant méchamment dans sa barbe, les murs sont hauts. Vous n'avez plus aucun secours à attendre de l'extérieur. Allons,.prenez-en votre parti. Vous êtes ma prisonnière pour la vie, ma belle prisonnière...Et il s'éloigna sur ces mots.
Les jours suivants, lolande entreprit de parcourir le château dont elle n'avait connu jusque-là qu'une chambre dans le gros donjon. Elle traversa les cours où les hommes d'armes de Guillaume s'exerçaient au maniement de la pique et de l'arbalète, en vue d'une prochaine campagne. Elle gagna le verger où toutes les pommes de Normandie semblaient s'être donné rendez-vous. Elle en croqua quelques-unes avec délice.
Pour bien lui montrer qu'il ne redoutait pas sa fuite, Guillaume ne la faisait même pas accompagner, Iolande pouvait courir librement : elle ne s'en fit pas faute, après une si longue captivité. Hélas ! Elle voyait bientôt se dresser les hautes tours du château qui restait pour elle la plus amère des geôles.
Cependant, les jours suivants, elle s'éloigna encore davantage. Elle avait remarqué un petit bois qui s'élevait à l'angle d'une muraille. Il y avait là quelques beaux arbres s'élançant au milieu d'un fouillis de broussailles et de végétation qu'on laissait pousser en désordre.
— II doit faire bon s'asseoir à l'ombre de ces arbres, avait pensé Iolande.
Comme elle courait, avide de fraîcheur, pour s'étendre au pied d'un gros chêne, le pied lui manqua et elle fut précipitée dans un trou dont l'entrée était dissimulée par des feuilles mortes et des branchages.
Meurtrie, en se redressant, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que ce trou masquait un souterrain. Sans hésiter un instant, elle s'engagea dans la descente. Après quelques pas en pente douée, le terrain se transformait en escalier dont les marches abruptes s'enfonçaient de plus en plus profondément.
La jeune captive du seigneur de Mortain était une de ces âmes courageuses qu'aucun danger ne pouvait faire reculer. De plus, elle considérait que tout était préférable à la souillure qui l'attendait. Elle poursuivit son chemin. La descente d'abord rapide se fit moins raide. Enfin un couloir s'ouvrit devant elle. Elle. s'y risqua.
Iolande marcha longtemps, longtemps, dans la nuit, guidée par sa confiance en la Vierge Marie à qui elle était vouée. Elle sentit sous ses pas que la pente remontait, puis ce furent de nouveau des marches. Une faible lueur perçait au travers de l'orifice, elle était parvenue à l'extrémité de son calvaire.
L'issue du souterrain était fermée d'un volet en bois comme on en place sur les puits qui affleurent le sol. Iolande heurta du poing l'obstacle. Elle appela, elle cria. Ses appels furent bientôt entendus.
Elle se retrouvait, tout éblouie, au milieu d'un cloître, dans le monastère de la Grâce-Dieu, à une bonne lieue de Mortain. La Mère prieure aussitôt prévenue accourut. Elle avait entendu parler des malheurs qui s'étaient abattus sur lolande. Elle se réjouit de la voir délivrée.
— Nous avions toujours pensé, lui dit-elle, que cet orifice était celui d'un puits asséché. Nul ne s'y était jamais aventuré. C'est la Très Sainte Vierge Marie qui vous a conduite jusqu'à nous.
— Et la Vierge Sainte me gardera, ma Mère. Je vous supplie de me recevoir parmi vos novices.
La bonne Supérieure y consentit sans peine : Iolande était sauvée.
Quand Guillaume de Mortain, un peu inquiet de ne pas voir revenir sa captive, s'avisa d'aller à sa recherche, il était trop tard. Il se mit à courir comme un fou à travers le parc et le verger du château. Ses pas l'entraînèrent vers le précipice que Iolande avait découvert. Il s'y jeta avec violence, dégringola pesamment les marches et personne depuis lors ne l'a plus revu.
Quant au fiancé de Iolande, il partit pour la Terre Sainte et mourut en combattant l'Infidèle.
De nos jours, le château de Mortain n'existe plus, seuls subsistent quelques pans de murs à demi écroulés, restes dérisoires du donjon où Guillaume avait enfermé Iolande.
Mais le trou, le fameux trou est toujours là. On l'appelle le trou Gobelin et c'est une perpétuelle menace suspendue au-dessus de la tête des petits enfants qui ne sont pas sages :
— Si tu n'obéis pas, menacent les mamans, j'irai te jeter dans le trou Gobelin d'où nul n'est jamais remonté...Et ces paroles terribles suffisent à rendre les plus insupportables doux comme des moutons.

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Contes et légendes de Normandie
Philippe Lannion aux éditions Fernand Nathan

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Photos : Aby et Jérôme

samedi 27 novembre 2010

Faim





Quand le petit oiseau devient grand,
il faut qu'il cherche sa nourriture,
 et il trouve dans le désert bien des graines amères.


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François René de Châteaubriand 
Extrait du prologue d'Atala

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L'hiver arrive, n'oubliez pas de nourrir les oiseaux
et leur laisser un peu d'eau...

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Photo : Aby

Son blog : http://gallaby.blogspot.com/

vendredi 26 novembre 2010

Le mont Cerisy et son parc

Ce mont est généralement couvert de rhododendrons...
Sans doute sommes-nous arrivés tard dans la saison (août) 
car nous n'en avons guère vus !!
Peu de monde aussi ; 
il faut dire que le temps était couvert 
et lors de notre retour vers les voitures, 
nous avons reçu la première ondée de nos vacances en Normandie ! 
Il fallait bien que cela commence....
Bref, nous étions trempés 
et avons du essayer de nous abriter sous les arbres et arbustes 
en attendant que ça se calme un peu...
Auparavant, nous avons pu jouir de certains plans d'eau avec dolmens et menhirs...









Au bout de notre promenade, nous apercevons ce point de vue 


mais au loin, les nuages s'amoncellent !
Il serait temps de retourner...




Une petite échappatoire dans quelques ruines avant de voir le ciel nous tomber sur la tête !
Oupsss... pardon, c'était une réplique des  Gaulois, pas des Normands !!



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Photos :
Stéfen
Aby et Jérôme

jeudi 25 novembre 2010

Le mont Cerisy et son château





 Le mont Cerisy est une colline formée de granit rose. Il s’agit d’une pointe avancée du Massif armoricain qui culmine à 264 mètres. Du sommet, l’on découvre un véritable forêt de rhododendrons.
On peut également y voir les ruines du château construit par Lord Burkingyoug ( avocat anglais) en 1870. Il fut racheté par la famille Corbiéres en 1885 et bombardé en 1944 .

L'abbaye de Belle Étoile dont les ruines se trouvent dans un vallon blotti dans les bois que domine le mont de Cerisy fut pendant plusieurs siècles, avant la révolution, l'une des plus importantes de Basse-Normandie.

Elle fût créée par Henri de Beaufou et son épouse Eudicie de Romilly qui vivaient à la fin de XIIe siècle et possédaient à Cerisy un important domaine et de nombreux fiefs dans les environs, au retour de celui-ci d'une croisade.

Il existait un ermitage sur le mont, avec une chapelle dédiée à saint Jacques, dépendant de l'abbaye de Lonlay, mais le mont d'où l'on découvre soixante clochers paraissait impropre à la méditation, et une rumeur assurait qu'il existait sous le mont un filon d'argent et que des faux monnayeurs travaillaient dans des grottes perdues dans les bois. L'un de ceux-ci aurait été pendu par la justice royale.

Le vallon de la fontaine aux fées étant un endroit désert et écarté paraissait plus apte à la prière, trois sources y donnaient une eau abondante et pure qui pouvait alimenter un vivier indispensable pour les jours d'abstinence.

Henri de Beaufou décida donc d'y bâtir son abbaye, la dotant de terres, de dîmes, et patronages d'églises qu'il possédait dans la région.

Les ermites du mont formèrent le premier noyau, ce qui occasionna de sérieuses difficultés avec l'abbaye de Lonlay, il fallut l'intervention de Robert des Ablèges, évêque de Bayeux en 1216 pour y mettre fin. L'abbaye de Lonlaye renonça à ses privilèges à condition que les Cisterciens ne fassent pas partie de la nouvelle abbaye et Henri de Beaufou fit appel à des religieux Prémontrés détachés du monastère de la Luzerne, avec à leur tête le supérieur de l'ermitage du mont qui quitta les Cisterciens pour les Prémontrés. Le 12 août 1217, Robert Poulain, archevêque de Rouen confirmait la donation de la chapelle et du mont aux moines de l'abbaye.

La construction de l'église, dont on voit encore quelques ruines, commençait en 1238, elle n'était pas achevée en 1257, année de la visite de Eudes Rigault, évêque de Rouen. Celui-ci se montra fort satisfait de la piété des moines de Belle Étoile, et en témoignage leur épargnas les frais de sa visite qui furent mis à la charge du prieur de la Lande-Patry dont il releva plusieurs manquements à la discipline.

Le supérieur de l'abbaye, en tant que baron de Cerisy, possédait les droits d'un seigneur. Belle Étoile connut pendant plus de trois siècles la paix et la prospérité, son patrimoine s'étant accru de nombreux dons et la guerre de Cent ans l'ayant épargnée. Les Anglais ayant réussi à faire élire un abbé à leurs ordres nommé Chaulier confirmèrent ses possessions et privilèges. La grange dîmeresse fut construite en 1460 et chaque année venait s'entasser les dîmes provenant de nombreuses paroisses, ainsi que les droits provenant de la foire Ste Croix qui se déroulait au sommet du Mont.
Grâce à ces revenus, la construction du cloître fut commencée en 1494, et terminée en 1538 sous les ordres de Jean Leprince, de forme carrée, avec des arcades ogivales au dessus desquelles était aménagé le dortoir des religieux. Un haut clocher au-dessus de l'église avec cinq grosses cloches portait au loin l'écho des prières des moines.

L'institution de la Commende en 1540 et les guerres de religions allaient troubler le calme de cette abbaye.
Le premier abbé commendataire fut Jacques d'Harcourt, qui, devenu veuf, était entré dans les ordres. Les religieux n'eurent qu'à s'en louer, son successeur, Philippe de la Grainerie, fût tout autre, usant du patrimoine avec beaucoup d'âpreté. Il était en fonction en 1562, quand, à l'instigation du curé de Caligny, Richard de Pellevé, furieux de devoir payer les dîmes de sa paroisse aux religieux, un groupe de pillards catholiques et protestants envahit l'abbaye, brûlant la bibliothèque et le chartrier, détruisant le mobilier, les 7 portes, 34 fenêtres, et 9 autels. Les dortoirs devenant des corps de garde, les chapelles des écuries. Cette situation devait durer plus de cinquante ans. En 1589, sous Jacques de Crux, protestant, nommé par le roi, il ne restait qu'un seul religieux vivant dans la misère. Il fallut attendre 1625 pour que celui-ci déguerpisse sur les poursuites du nouvel abbé Pierre Scarron.

Les guerres de religions passées, la vie reprit à Belle Étoile. La vie des abbés n'était pas toujours exemplaire, en particulier Pierre Roussel dont le frère introduisait des filles dans le logis abbatial et y menait une vie de débauche.
Après avoir remis les bâtiments en état et difficilement reconstitué leurs revenus, les débiteurs sachant le chartrier détruit refusaient de payer, les religieux utilisèrent leurs ressources à remeubler le chœur de l'église.
Des stalles de bois dont les accoudoirs se terminaient par des têtes sculptées furent construites de chaque côté. La première de chaque rang, réservées au prieur et à l'abbé, portaient sur leur panneau les figures de saint Augustin et saint Norbert, et étaient reliées par une arcade décorative et une grille en fer forgé.
Le retable du maître-autel de 10 mètres de haut et 6m33 de large orné de fleurs et de fruits fut exécuté en 1662 par François Langlois maître sculpteur à Laval. Il fût complété en 1677 par Jean Postel de Caen. François Chauvel de Falaise réalisa le tabernacle en bois doré orné d'un grand nombre de figures. Un incendie, le 15 janvier 1723, causait de gros dégâts.

Le 12 octobre 1792 comme l'abbaye à l'abandon était en proie à un pillage éhonté la municipalité de Tinchebray donna l'ordre à deux de ses membres accompagnés de la garde nationale chargée d'arrêter quelques insoumis, et de charretiers, d'amener à Tinchebray tout ce qui avait échappé au saccage, et de le mettre à l'abri dans l'église des Montiers. La plupart de ces "dépouilles" artistiques se trouvent dans cette église aux dépens de l'église de Cerisy, comme une sainte Véronique, considérée comme une des plus belles œuvres religieuses de la région. Deux toiles datées de 1637 représentant l'adoration des bergers et celle des mages se trouvent dans l'église de Moncy. Commune de Moncy

Une "Notre Dame de Pitié" et un Christ en bois de chêne, oeuvres de Guillaume Goujon sculpteur à Falaise se trouvent dans l'église de Cerisy, ainsi qu'un haut relief en terre cuite malheureusement mutilé par un curé de l'endroit qui trouvant trop belle la figure de la Vierge et craignant qu'elle ne provoque de mauvaises pensées dans l'esprit de ses paroissiens se crut obligé de faire enlever le visage.

Billard des Veaux 19 ans frère du chef de la légion de Saint Jean des Bois venu voir celui-ci au village de la Sellerie fut surpris le 7 septembre 1798 par la colonne mobile de Condé sur Noireau et immédiatement fusillé devant ce calvaire.
Les religieux, dont le dernier abbé fut M. de Lestrade, dispersés en 1790, les immeubles furent vendus en 1791 comme biens nationaux pour 44.000 livres aux nommés Boisne et Bodin de Condé sur Noireau et environs, le Mont de Cerisy étant vendu à Moulin de Ségrie-Fontaine pour 5600 livres. L'abbaye fut rachetée en 1802 par des médecins caennais et utilisée comme usine sans beaucoup de succès. En 1796, l'administration municipale de Condé sur Noireau signalait que les immenses souterrains de l'abbaye servaient d'abris et de magasins à 2000 chouans. En 1803, des militaires accompagnés de gendarmes et d'ouvriers effectuaient des fouilles pendant plusieurs jours pour découvrir le repaire souterrain d'une bande d'anciens chouans, sans aucun résultat. En 1808 ses locaux étaient utilisés pour la fabrication d'alun et d'acide. Sans entretien, la voûte de l'église s'effondrait en 1818, et le clocher fut abattu en 1828 par les nouveaux propriétaires qui utilisaient l'abbaye comme exploitation agricole. Ne subsiste à ce jour que la grange dîmeresse avec son pignon percé d'une fenêtre gothique à encadrement trilobé, et de l'autre côté du chemin qui traverse le domaine, la grande porte de l'église murée qui s'ouvrait entre deux colonnes couronnées de chapiteaux sur la nef principale large de 6m. Du cloître demeurent les larges baies ogivales ouvertes sur la cour et les jardins. Ces ruines fort peu entretenues, propriété d'un notable de Flers qui en interdit l'accès et les photos, sont encore imposantes et témoignent d'un glorieux passé.

En 1837 le mont de Cerisy appartient à Leconte, un marchand de bois de Montsecret, qui le cède la même année à Vauloger de Condé sur Noireau qui le gardera pendant trente ans.
la vallée vue du belvédère
En 1867, il est racheté par John A. Burkinyoung, britannique, ancien officier de l'armée des Indes, qui fait construire le château se trouvant au sommet dans le style anglais. Incapable de financer les travaux du domaine, il le cède en 1885 à Isidore Corbière qui fait construire la route reliant le bourg au sommet du mont, plante des arbres autour du château, crée un rendez vous de chasse avec un belvédère à l'extrémité de la propriété et fait venir de Jersey des milliers de rhododendrons qui font à l'heure actuelle la beauté du site.
Cette famille devait conserver le château jusqu'à la dernière guerre. Racheté par un médecin de Flers, les bois furent en partie abattus. La commune devait le racheter en 1955 et le remettre en état, créant des aires de jeux, promenades, et le maintenant dans un état impeccable. La tempête de 1999 a causé de gros dégâts.

Situé sur un point haut, et servant d'hôpital, de maison de repos et d'observatoire aux troupes allemandes, le château a été incendié et détruit par les bombardements de l'artillerie anglaise au cours des violents combats de la région en Août 1944. Le mont fut pris sans combats, les troupes allemandes ayant évacué les lieux. Oublié de nos jours, le réseau de résistance TURMA VENGEANCE avait créé en 1943 une école pour ses cadres des corps francs dans le manoir se trouvant en face de la mairie.

***
Photos :
Stéfen
Aby et Jérôme

mercredi 24 novembre 2010

L'église de la Lande Patry


À seulement quelques mètres de ces ifs millénaires, 
l’église paroissiale est tout au long de l’année un lieu de dévotion 
à des saints guérisseurs et protecteurs 
parmi lesquels saint Armel et sainte Marguerite qui retiennent l’attention
du fait d’une possible relation avec les deux arbres vénérables.


Vue sur le monument aux morts de La Lande-Patry. 
Ce monument a été édifié à proximité
immédiate des ifs et de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption. 

Compte tenu de son état de délabrement au XIXe siècle,
l’église paroissiale Notre-Dame de La Lande-Patry 
est en grande partie une reconstruction qui fut initiée par
l’abbé Burel entre 1877 et 1879. 
Différents indices laissent à penser qu’il y eut, lors de cette entreprise,
une volonté de souligner symboliquement le maintien d’un fil solide avec le passé : 
le chœur roman datant du XIe siècle fut en effet été conservé ;





 Détail de pierres tombales sur lesquelles repose la nouvelle nef de l’église Paroissiale

la nouvelle nef a été façonnée en la faisant reposer sur les pierres tombales de Landais 
ayant vécu aux XVIIe et XVIIIe siècles ;
enfin, un imposant groupe en bois sculpté de l’Assomption de la Vierge 
fut disposé de manière à relier les parties ancienne et nouvelle de l’édifice.





 
Parmi le mobilier religieux présent dans l’église paroissiale Notre-Dame-de-l’Assomption 
se trouvent des statues figurant saint Armel, saint Laurent et sainte Marguerite, 
tous trois reconnus comme saints guérisseurs ou protecteurs.



Les pratiques cultuelles semblent encore actives ; 
et bien qu’aucun témoignage ne mentionne 
l’implication des ifs de La Lande-Patry en tant que supports de rituels de guérison 
(c’est moins vrai concernant la protection7), 
on ne saurait exclure formellement toute relation historique 
entre ces arbres et ces croyances parfois empreintes de paganisme.



 





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Photos : Stefen
Aby et Jérôme

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