jeudi 25 novembre 2010

Le mont Cerisy et son château





 Le mont Cerisy est une colline formée de granit rose. Il s’agit d’une pointe avancée du Massif armoricain qui culmine à 264 mètres. Du sommet, l’on découvre un véritable forêt de rhododendrons.
On peut également y voir les ruines du château construit par Lord Burkingyoug ( avocat anglais) en 1870. Il fut racheté par la famille Corbiéres en 1885 et bombardé en 1944 .

L'abbaye de Belle Étoile dont les ruines se trouvent dans un vallon blotti dans les bois que domine le mont de Cerisy fut pendant plusieurs siècles, avant la révolution, l'une des plus importantes de Basse-Normandie.

Elle fût créée par Henri de Beaufou et son épouse Eudicie de Romilly qui vivaient à la fin de XIIe siècle et possédaient à Cerisy un important domaine et de nombreux fiefs dans les environs, au retour de celui-ci d'une croisade.

Il existait un ermitage sur le mont, avec une chapelle dédiée à saint Jacques, dépendant de l'abbaye de Lonlay, mais le mont d'où l'on découvre soixante clochers paraissait impropre à la méditation, et une rumeur assurait qu'il existait sous le mont un filon d'argent et que des faux monnayeurs travaillaient dans des grottes perdues dans les bois. L'un de ceux-ci aurait été pendu par la justice royale.

Le vallon de la fontaine aux fées étant un endroit désert et écarté paraissait plus apte à la prière, trois sources y donnaient une eau abondante et pure qui pouvait alimenter un vivier indispensable pour les jours d'abstinence.

Henri de Beaufou décida donc d'y bâtir son abbaye, la dotant de terres, de dîmes, et patronages d'églises qu'il possédait dans la région.

Les ermites du mont formèrent le premier noyau, ce qui occasionna de sérieuses difficultés avec l'abbaye de Lonlay, il fallut l'intervention de Robert des Ablèges, évêque de Bayeux en 1216 pour y mettre fin. L'abbaye de Lonlaye renonça à ses privilèges à condition que les Cisterciens ne fassent pas partie de la nouvelle abbaye et Henri de Beaufou fit appel à des religieux Prémontrés détachés du monastère de la Luzerne, avec à leur tête le supérieur de l'ermitage du mont qui quitta les Cisterciens pour les Prémontrés. Le 12 août 1217, Robert Poulain, archevêque de Rouen confirmait la donation de la chapelle et du mont aux moines de l'abbaye.

La construction de l'église, dont on voit encore quelques ruines, commençait en 1238, elle n'était pas achevée en 1257, année de la visite de Eudes Rigault, évêque de Rouen. Celui-ci se montra fort satisfait de la piété des moines de Belle Étoile, et en témoignage leur épargnas les frais de sa visite qui furent mis à la charge du prieur de la Lande-Patry dont il releva plusieurs manquements à la discipline.

Le supérieur de l'abbaye, en tant que baron de Cerisy, possédait les droits d'un seigneur. Belle Étoile connut pendant plus de trois siècles la paix et la prospérité, son patrimoine s'étant accru de nombreux dons et la guerre de Cent ans l'ayant épargnée. Les Anglais ayant réussi à faire élire un abbé à leurs ordres nommé Chaulier confirmèrent ses possessions et privilèges. La grange dîmeresse fut construite en 1460 et chaque année venait s'entasser les dîmes provenant de nombreuses paroisses, ainsi que les droits provenant de la foire Ste Croix qui se déroulait au sommet du Mont.
Grâce à ces revenus, la construction du cloître fut commencée en 1494, et terminée en 1538 sous les ordres de Jean Leprince, de forme carrée, avec des arcades ogivales au dessus desquelles était aménagé le dortoir des religieux. Un haut clocher au-dessus de l'église avec cinq grosses cloches portait au loin l'écho des prières des moines.

L'institution de la Commende en 1540 et les guerres de religions allaient troubler le calme de cette abbaye.
Le premier abbé commendataire fut Jacques d'Harcourt, qui, devenu veuf, était entré dans les ordres. Les religieux n'eurent qu'à s'en louer, son successeur, Philippe de la Grainerie, fût tout autre, usant du patrimoine avec beaucoup d'âpreté. Il était en fonction en 1562, quand, à l'instigation du curé de Caligny, Richard de Pellevé, furieux de devoir payer les dîmes de sa paroisse aux religieux, un groupe de pillards catholiques et protestants envahit l'abbaye, brûlant la bibliothèque et le chartrier, détruisant le mobilier, les 7 portes, 34 fenêtres, et 9 autels. Les dortoirs devenant des corps de garde, les chapelles des écuries. Cette situation devait durer plus de cinquante ans. En 1589, sous Jacques de Crux, protestant, nommé par le roi, il ne restait qu'un seul religieux vivant dans la misère. Il fallut attendre 1625 pour que celui-ci déguerpisse sur les poursuites du nouvel abbé Pierre Scarron.

Les guerres de religions passées, la vie reprit à Belle Étoile. La vie des abbés n'était pas toujours exemplaire, en particulier Pierre Roussel dont le frère introduisait des filles dans le logis abbatial et y menait une vie de débauche.
Après avoir remis les bâtiments en état et difficilement reconstitué leurs revenus, les débiteurs sachant le chartrier détruit refusaient de payer, les religieux utilisèrent leurs ressources à remeubler le chœur de l'église.
Des stalles de bois dont les accoudoirs se terminaient par des têtes sculptées furent construites de chaque côté. La première de chaque rang, réservées au prieur et à l'abbé, portaient sur leur panneau les figures de saint Augustin et saint Norbert, et étaient reliées par une arcade décorative et une grille en fer forgé.
Le retable du maître-autel de 10 mètres de haut et 6m33 de large orné de fleurs et de fruits fut exécuté en 1662 par François Langlois maître sculpteur à Laval. Il fût complété en 1677 par Jean Postel de Caen. François Chauvel de Falaise réalisa le tabernacle en bois doré orné d'un grand nombre de figures. Un incendie, le 15 janvier 1723, causait de gros dégâts.

Le 12 octobre 1792 comme l'abbaye à l'abandon était en proie à un pillage éhonté la municipalité de Tinchebray donna l'ordre à deux de ses membres accompagnés de la garde nationale chargée d'arrêter quelques insoumis, et de charretiers, d'amener à Tinchebray tout ce qui avait échappé au saccage, et de le mettre à l'abri dans l'église des Montiers. La plupart de ces "dépouilles" artistiques se trouvent dans cette église aux dépens de l'église de Cerisy, comme une sainte Véronique, considérée comme une des plus belles œuvres religieuses de la région. Deux toiles datées de 1637 représentant l'adoration des bergers et celle des mages se trouvent dans l'église de Moncy. Commune de Moncy

Une "Notre Dame de Pitié" et un Christ en bois de chêne, oeuvres de Guillaume Goujon sculpteur à Falaise se trouvent dans l'église de Cerisy, ainsi qu'un haut relief en terre cuite malheureusement mutilé par un curé de l'endroit qui trouvant trop belle la figure de la Vierge et craignant qu'elle ne provoque de mauvaises pensées dans l'esprit de ses paroissiens se crut obligé de faire enlever le visage.

Billard des Veaux 19 ans frère du chef de la légion de Saint Jean des Bois venu voir celui-ci au village de la Sellerie fut surpris le 7 septembre 1798 par la colonne mobile de Condé sur Noireau et immédiatement fusillé devant ce calvaire.
Les religieux, dont le dernier abbé fut M. de Lestrade, dispersés en 1790, les immeubles furent vendus en 1791 comme biens nationaux pour 44.000 livres aux nommés Boisne et Bodin de Condé sur Noireau et environs, le Mont de Cerisy étant vendu à Moulin de Ségrie-Fontaine pour 5600 livres. L'abbaye fut rachetée en 1802 par des médecins caennais et utilisée comme usine sans beaucoup de succès. En 1796, l'administration municipale de Condé sur Noireau signalait que les immenses souterrains de l'abbaye servaient d'abris et de magasins à 2000 chouans. En 1803, des militaires accompagnés de gendarmes et d'ouvriers effectuaient des fouilles pendant plusieurs jours pour découvrir le repaire souterrain d'une bande d'anciens chouans, sans aucun résultat. En 1808 ses locaux étaient utilisés pour la fabrication d'alun et d'acide. Sans entretien, la voûte de l'église s'effondrait en 1818, et le clocher fut abattu en 1828 par les nouveaux propriétaires qui utilisaient l'abbaye comme exploitation agricole. Ne subsiste à ce jour que la grange dîmeresse avec son pignon percé d'une fenêtre gothique à encadrement trilobé, et de l'autre côté du chemin qui traverse le domaine, la grande porte de l'église murée qui s'ouvrait entre deux colonnes couronnées de chapiteaux sur la nef principale large de 6m. Du cloître demeurent les larges baies ogivales ouvertes sur la cour et les jardins. Ces ruines fort peu entretenues, propriété d'un notable de Flers qui en interdit l'accès et les photos, sont encore imposantes et témoignent d'un glorieux passé.

En 1837 le mont de Cerisy appartient à Leconte, un marchand de bois de Montsecret, qui le cède la même année à Vauloger de Condé sur Noireau qui le gardera pendant trente ans.
la vallée vue du belvédère
En 1867, il est racheté par John A. Burkinyoung, britannique, ancien officier de l'armée des Indes, qui fait construire le château se trouvant au sommet dans le style anglais. Incapable de financer les travaux du domaine, il le cède en 1885 à Isidore Corbière qui fait construire la route reliant le bourg au sommet du mont, plante des arbres autour du château, crée un rendez vous de chasse avec un belvédère à l'extrémité de la propriété et fait venir de Jersey des milliers de rhododendrons qui font à l'heure actuelle la beauté du site.
Cette famille devait conserver le château jusqu'à la dernière guerre. Racheté par un médecin de Flers, les bois furent en partie abattus. La commune devait le racheter en 1955 et le remettre en état, créant des aires de jeux, promenades, et le maintenant dans un état impeccable. La tempête de 1999 a causé de gros dégâts.

Situé sur un point haut, et servant d'hôpital, de maison de repos et d'observatoire aux troupes allemandes, le château a été incendié et détruit par les bombardements de l'artillerie anglaise au cours des violents combats de la région en Août 1944. Le mont fut pris sans combats, les troupes allemandes ayant évacué les lieux. Oublié de nos jours, le réseau de résistance TURMA VENGEANCE avait créé en 1943 une école pour ses cadres des corps francs dans le manoir se trouvant en face de la mairie.

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Photos :
Stéfen
Aby et Jérôme

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