vendredi 10 juin 2011

Le rocher de l'archange



 Le mont Saint-Michel et sa baie

Mille ans d’histoire fascinante, de foi, de courage
et de talents humains extraordinaires ont façonné la "Merveille de l’Occident",
chef-d’œuvre du patrimoine mondial de l’humanité.
Tour à tour monastère, citadelle puis prison,
le Mont Saint Michel symbolise la lutte éternelle du Bien contre le Mal.

 Ce rocher retiré du monde abrite sans aucun doute le monastère le plus impressionnant de l'Occident. Si l'on en croit la tradition chrétienne, en 708, saint Michel aurait chargé Aubert, évêque d'Avranches, d'ériger une chapelle sur le cône de granit qui se dressait au milieu de l'eau. Deux siècles plus tard, la chapelle céda la place à une abbaye dont les ducs normands favorisèrent le développement. Décennie après décennie, le Mont-Saint-Michel s'agrandit et se transforma jusqu'à s'élever, tel un sanctuaire majestueux, dans la brume matinale des sables mouillés. Durant la guerre de Cent Ans, l'abbaye prit des allures de forteresse, ce qui ne nuisit toutefois en rien au caractère sacré de l'édifice. Tel un mur de feu divin, le mont granitique couronné d'un clocher se lève dan s la lumière du coucher du soleil. Le Mont-Saint-Michel, "Merveille de l'Occident", marque l'apogée de l'architecture normande.





Son isolement au milieu des eaux présentait un grand risque pour les pèlerins : pour atteindre le monastère, ils devaient entreprendre la traversée des sables mouillés. Les sables mouvants et les marées d'une amplitude de près de 13 m la rendaient dangereuse. À l'époque, on prodiguait avec un certain humour noir le conseil suivant : "Si tu vas au Mont-Saint-Michel, n'oublie pas de rédiger ton testament", rappelant ainsi les innombrables pèlerins qui avaient trouvé la mort dans les flots. Il faut attendre le XIXe siècle pour que l'abbaye soit reliée au continent par une digue. 




La conséquence est toutefois un ensablement progressif de la baie. Le Mont-Saint-Michel n'est plus encerclé par la mer que deux fois par mois, les jours de pleine lune et de nouvelle lune. Mais lentement, grâce aux forces de la marée et du Couesnon, le site va recoudre ses cicatrices. Bientôt, tous les aménagements seront gommés. Seule s'imposera au visiteur la présence absolue du Mont émergeant de ses grèves retrouvées.

Gustave Flaubert transfigura le "vaisseau ventru des eaux du golfe de Saint-Malo" avec lyrisme : "l'horizon vide s'étend, s'étire, réunit enfin ses surfaces crayeuses avec le sable jaune de la plage. Le sol se raffermit, une odeur salée nous parvient […]. Les flots sont loin, tellement retirés qu'ils sont invisibles, que l'on n'entend plus leur murmure, seul un vague bourdonnement dans l'air, semblable à la voix de la solitude […]


Au Moyen Âge, les pèlerins se comptaient par milliers. Aujourd'hui, ce sont plus de deux millions de visiteurs qui se laissent séduire chaque année par la magie du rocher. La ruelle principale du petit village est très animée. Les maisons se pressent en rangs serrés contre les remparts. Pour plus de recueillement, il faut attendre la tombée de la nuit, lorsque seuls les quelques habitants du village, et les quelques dizaines de résidants des hôtels arpentent encore les ruelles du mont.

Pour parvenir jusqu'au monastère à proprement parler, il faut gravir de nombreuses marches. Le point culminant de ce cône de granit est l'église abbatiale gothique, dont le portail principal donne sur une terrasse panoramique. Le chef-d'œuvre architectural est toutefois le cloître et ses magnifiques arcades gothiques – lieu de méditation qui semble suspendu entre ciel et mer. Ce cloître est voisin de l'abbaye gothique à trois étages, avec son réfectoire à voûte en berceau et sa salle capitulaire. L'ensemble a été baptisé la "Merveille de l'Occident", en hommage à l'architecture magistrale de l'édifice. Il faut admettre que le labyrinthe des salles et des cryptes est un chef-d’œuvre d'architecture.

Il est difficile d'imaginer que, après la Révolution, cette "île pieuse" a servi pendant plusieurs décennies de prison d'État. Suivant la maxime "la peur de l'État plutôt que la peur de Dieu, des cellules de prison plutôt que des cellules de moines", l'État français espérait que l'édifice sacré formerait des "hommes meilleurs". Ce n'est qu'à l'initiative de Victor Hugo que la prison est fermée depuis 1863 et que le Mont-Saint-Michel est enfin classé monument historique. Il faut toutefois attendre encore plus de cent ans pour qu'une poignée de moines bénédictins revienne s'installer sur le célèbre rocher.

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Ralf Nestmeyer
Les trésors du patrimoine mondial 

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Photos : Aby et Jérôme

Stefen

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